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La COVID-19, l’arbre qui cache la forêt

Ça va bien aller, il y aura un après COVID-19 et il y aura une prise de conscience du système. Ça va bien aller, regardez comment la nature reprend le dessus en quelques semaines. Ça va bien aller, qui aurait cru que l’on parlerait de retour au local aussi vite. Ça va bien aller, le monde sera différent. Ça va pas bien aller, on a perdu notre esprit critique. 

L’impression que donne cette crise c’est d’être face à un monde qui s’embrase comme de la paille à cause d’une allumette. La pandémie causée par le virus COVID-19 amène son lot de réflexions, de réactions, de bêtises et de fausses idées. Il serait néfaste que l’on associe la récession actuelle et future à la décroissance que nous souhaitons. Le système économique se plante, il était du et ça va mal aller. Les gens perdent leur emploi, vivent  l’isolement et de l’anxiété, si on dit que le moment actuel c’est la décroissance, on ne convaincra personne et ce serait une fausse information.  Le mouvement de décroissance vise à se détacher du capitalisme pour tendre vers un mode de vie en harmonie avec son environnement, mais également entre humains pour plus d’équité sociale. Il faut que ce mode de vie soit choisi sinon la décroissance ne mènera pas à un monde meilleur.

L’après COVID sera t-il un retour à la normale, le catalyseur d’un monde plus répressif ou alors la genèse d’une société plus verte et à petite échelle? 

Rester critique, garder les pieds sur terre, le moment présent n’est pas uniquement rempli d’arc-en-ciel, d’innovation vidéo et de recettes à appliquer chez nous pour s’adapter au confinement. On ne reviendra pas sur la nécessité de la mise en place du confinement au regard de la situation actuelle, mais il va falloir penser pourquoi nous sommes dans cette situation. La crise n’est pas due au virus directement, mais à la réponse  d’un système qui au nom d’une idéologie néo-libérale a lentement, mais sûrement, déconstruit  les services publics. En 2020, ce que les gouvernements ont proposé comme réponse sociétale à un virus, c’est d’enfermer sa population, la surveiller et la laisser à soi-même, quels que soient les problèmes sociaux que cela engendre. Einstein disait ‘“[qu’]on ne peut pas résoudre un problème avec le même niveau de pensée que celle qui l’a créé.”

Distribution alimentaire dans un lieu de Québec, un chemin fait avec des barrières.


Le confinement est appliqué de la même façon partout, pour ceux et celles qui n’ont pas de toit, pour ceux et celles qui habitent dans les bidonvilles, pour les gens en campagne, pour les gens en ville et pour ceux et celles qui se payent des îles afin de fuir la réalité. Le confinement met à nu les injustices sociales entre ceux et celles qui peuvent faire du télétravail et qui disent « Restez chez vous, pour la santé des autres » et les autres, ceux et celles qui assurent des services essentiels dans des boulots que l’on néglige au quotidien. 


Le confinement montre qu’il est possible de faire accepter à une population entière de rester chez soi, d’oublier son activité quotidienne, de changer les interactions sociales. Le terme distanciation sociale s’est imposé sans s’interroger sur les mots, pas de contact physique, isolement social. Devant son ordinateur, sa télévision, son cellulaire ou sa tablette, on transforme un virus comme une télé-série de statistiques; une éclosion, un pic atteint, des morts. Sur les réseaux sociaux, les spectateurs deviennent des experts en virologie et se permettent de commenter et de juger les agissements des autres.  La délation entre voisins n’étonne pas et semble aller de soi pour une majorité. Des applications de géolocalisation se posent comme solution pour endiguer la pandémie. En quelques semaines, certains principes des libertés individuelles s’effacent et cela n’étonne personne.

L’après Covid-19

Le télétravail est pour certain un gain: une qualité de vie pour la relation travail/vie de famille, un geste plus vert car moins de déplacement. Pourtant, c’est la meilleure manière de travailler plus, d’effacer la limite travail/maison, d’avoir plus de surveillance sur le travail réalisé. Le télétravail fait disparaître un grand pan du lien social, terminés les moments de rencontres informels avec les collègues au moment de la pause, du repas, quand on arrive ou que l’on part du lieu de travail. Ne plus aller sur un lieu physique c’est également réduire la vie de quartier par la suppression de déplacements quotidiens. Le télétravail a été présenté comme la  solution afin de continuer l’anormal, avec l’argent investi par certains, dur d’imaginer que cette organisation du travail cessera pour tous après la crise.


Les rues ont perdu leurs bruits de fond, on dit que les transports actifs reprennent le contrôle des rues. Pourtant aux heures de repas, des files de voitures attendent devant les restaurants qui multiplient sur leur porte les étiquettes des plateformes web de livraison à domicile. On ne peut plus aller au restaurant, mais le restaurant vient à vous. C’est la même chose avec les épiceries, la sortie du projet du Panier Bleu qui met au même niveau grandes enseignes et commerces de quartier renforce cette emprise des géants de l’agroalimentaire sur les systèmes de distributions. Le commerce en ligne est le grand gagnant du virus, alors que les commerces qui ont pignon sur rue doivent fermer, ceux fonctionnant avec de grands entrepôts peuvent continuer à tourner. On entend déjà certains dire qu’ils continueront à commander en ligne; c’est tellement plus simple, rapide, moins risqué pour le futur…


La situation actuelle, en dehors de la gestion statistique de la pandémie, démontre, par les décisions gouvernementales, que le système ne change pas, que ce n’est pas demain que s’effectuera une révolution de la pensée. Les contradictions néolibérales prennent le pas. Il est dit de consommer local, mais les villes de Québec et Montréal décident de fermer les jardins communautaires. Les réponses que l’on entrevoit pour éviter la récession économique trop forte, c’est l’investissement dans les projets pétroliers, le lancement rapide de projets inutiles comme le 3ème lien et l’austérité par les réformes néolibérales pour rembourser la fameuse dette. Chez notre voisin du sud, un décret est voté pour que les entreprises puissent polluer si elles doivent changer leurs méthodes à cause du virus. On vaporise les magasins d’aérosols et les rues sont aspergées de produits chimiques pour tuer le virus, ça va bien aller?

Ça va aller, si on se mobilise

Il est important de réagir et de ne pas attendre le déconfinement pour acter. Ne pas oublier que la situation actuelle a été créé par les aberrations du système. Que les réponses proposées par le néo-libéralisme prennent toujours la même logique avec les mêmes laissé.es pour compte. Que demain ne sera pas mieux si on les laisse faire.
Oui, il y a une prise de conscience pour certaines personnes qui n’aurait pas eu lieu sans cela. La pandémie met à jour les besoins essentiels, notamment le premier d’entre tous qu’est l’alimentation. Le gouvernement appelle à acheter local, car il réalise que les chaînes d’approvisionnement mondialisées sont un risque pour la sécurité alimentaire du pays. C’est un bon moment pour penser à implanter plus de jardins communautaires, de penser à l’agriculture dans la formation des jeunes, de rendre accessible le fait de pouvoir produire notre nourriture, d’arrêter de penser qu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour répondre à un besoin alimentaire.


S’organiser, réfléchir, imaginer le demain que nous voulons. Un texte récent du sociologue et philosophe Bruno Latour pose justement la question de comment nous pourrions tirer parti de cette pandémie1-2. Il pose 4 questions auxquelles réfléchir:    – Quelles activités suspendues par le confinement ne devraient pas reprendre et pourquoi ça vaudrait mieux que ça reste comme ça ?     – Qu’est-ce qu’on fait des gens qui travaillent actuellement dans ces activités ?    – Quelles activités suspendues par le confinement devraient reprendre et se développer et pourquoi il faut que ça évolue ?    – Qu’est ce qu’on pourrait faire pour valoriser ces activités ?


Les arcs-en-ciel et le “ça va bien aller” est à l’image de notre société et sa démocratie représentative, on confie notre futur à d’autres, sans se prendre en main. Ce réflexe à la passivité et l’attente nous met au pied du mur des décisions prises, nous sommes toujours dans la réaction.

Pour effectuer un changement, nous devons nous organiser collectivement pour reprendre le contrôle sur notre quotidien et sur nos prises de décisions. Cela passe par l’intelligence collective, et surtout lui donner l’espace pour exister et devenir force de propositions. Ainsi nous pourrons nous recentrer sur le local et favoriser l’éducation populaire pour que des communautés grandissent.


1: https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/25/la-crise-sanitaire-incite-a-se-preparer-a-la-mutation-climatique_6034312_3232.html
2- https://www.youtube.com/watch?v=KtmmfWZb8Ww

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